lundi 22 septembre 2008

Bref échange avec Jean Nouvel, sur le quai de la Gare de Nîmes, au lendemain de la Feria des vendanges


Jean Nouvel, architecte de renommée internationale, est également un aficionado. Celui qui est parvenu au sommet en 2008 en recevant le
prix Pritzker, récompense que l'on peut apparenter au prix Nobel d'architecture, a signé une affiche dédiée à l'une des deux corridas événement de cette Feria des Vendanges, à Nîmes. Il s'agit de la corrida de samedi dernier au cours de laquelle le torero français Sébastien Castella a affronté, seul, 6 toros ("corrida réplique" de la veille où El Juli, avec un autre style et une maîtrise implacable, a triomphé pour mon plus grand plaisir). Ce samedi 20 septembre, les aficionados avaient pu apercevoir Jean Nouvel dans les tribunes des arènes au moment où Sébastien Castella lui a "brindé" un de ses taureaux, en lui confiant sa montera.


Nîmes, lundi 22 septembre, 9h45. Je suis sur le point d'embarquer à bord d'un TGV à destination de Paris.
L'été est révolu.

Alors que je suis en train de repérer ma voiture sur le quai, j'aperçois une silhouette familière, celle de Jean Nouvel, tout de noir vêtu, jusqu'au couvre-chef. Il a visiblement ramené un souvenir de la cité d'Auguste (probablement un tableau). Je l'aborde tranquillement, me présente: "Olivier Crépin, urbaniste de profession". Son regard s'anime. J'en arrive rapidement au Grand Paris, sujet que je connais bien, question épineuse sur laquelle le Président de la République l'a missionné aux côtés de 9 autres équipes d'architectes et d'urbanistes. Il m'avoue
qu'aujourd'hui, à l'heure de la complexité urbaine (et métropolitaine), il est "devenu impossible de dessiner une ville". Bel aveu pour un architecte qui passe la majeure partie de son temps à la conception architecturale et urbaine. Moins surprenant, car confirmant ce que je savais déjà, il déclare qu'à ses yeux la "gouvernance" n'est pas une priorité.

Je lui ai aussi confié que j'étais d'accord avec ses récentes prises de
position sur la densité urbaine à Paris intra muros : oui, il est possible de densifier sur le territoire de la commune de Paris, non seulement aux portes des arrondissements périphériques (comme Anne Hidalgo et Bertrand Delanoë l'entendent), mais aussi au dessus des infrastructures ferroviaires (dans le périmètre des gares de l'Est et du Nord, et en couvrant les faisceaux ferrés prolongeant ces deux hubs internationaux). Ce parti pris d'aménagement va manifestement à l'encontre des premières intentions formulées par d'autres équipes dans le cadre de la consultation élyséenne, le renforcement du polycentrisme étant devenu l'alpha et l'oméga de la justice territoriale en Île-de-France. Ce n'est pourtant pas raisonnable et pertinent lorsqu'on sait que Paris a perdu 300 000 emplois en 15 ans, et que dans l'immédiat, sans métro en rocade, la structure radiale des réseaux de transports collectifs ne peut répondre de manière efficace à cet étalement des emplois. Pourtant, malthusianisme économico-urbanistique et museïfication architecturalo-culturelle sont des alliés efficaces contre la vitalité du cœur de la métropole... et l'efficacité économique globale de la France (cf. Laurent Davezies, La République et ses territoires).


Puis, le TGV est arrivé en gare, a freiné dans un crissement massif, rendant la suite inaudible. Ce grand fracas nous invitait à rejoindre nos places respectives. Voilà donc comment cette journée a commencé : par une discussion sur le Grand Paris avec Jean Nouvel sur le quai de la gare de Nîmes, au retour de Feria.

jeudi 18 septembre 2008

Cargar la suerte


Lieu de réflexion sur la tauromachie, espace de confrontation indispensable, berceau de l'aficion locale, le Cercle Taurin Nîmois (CTN), fondé en 1947, reprend du service. Une réception avait lieu ce 17 septembre boulevard des arènes. Elle a rassemblé une centaine d'aficionados en présence de l'adjoint au Maire de Nîmes à la culture, Daniel-Jean Valade. Le président d'honneur du cercle, Jean Gaillard, et Frédéric Lauret, fils de Jean Lauret, académicien nîmois ayant œuvré auprès des autres membres actifs du CTN à la fondation de la Feria de Nîmes en 1952, ont salué l'initiative des nouveaux responsables du CTN. Si l'hommage aux anciens semblait incontournable, l'ambition était résolument tournée vers l'avenir : défendre plus que jamais la tradition taurine, la faire respecter, la faire connaître. Par leur présence massive, les aficionados ont démontré que l'aficion nîmoise était pleinement mobilisée. Face au politiquement correct et contre le régime de l'aceptisation, il s'agit de "mettre la jambe", comme on dit : "charger la suerte".




De gauche à droite : Christian Thome, nouveau Président du CTN, Frédéric Lauret, Jean Gaillard, Président d'honneur du CTN, Daniel-Jean Valade, Adjoint au Maire de Nîmes chargé de la Culture



mardi 12 août 2008

Être urbaniste aujourd'hui en France

L’urbanisme est à la fois un champ disciplinaire et un champ professionnel recouvrant l'étude du phénomène urbain, l'action d'urbanisation et l'organisation de la ville et de ses territoires. Les personnes qui exercent ce métier sont des urbanistes.



La profession d’urbaniste est d’institution récente, puisqu’elle est née et s’est développée au cours du XXème siècle. C’est une profession moderne, ouverte sur son temps et les autres milieux professionnels. En France, il est possible de l’exercer en ayant suivi des cursus différents. Elle ne s’est pas, contrairement à d’autres, protégée par un dispositif corporatiste, la limitant par la création d’un ordre professionnel ou un numerus clausus. Le revers de cette ouverture a été, pendant de longues années, un certain manque de lisibilité. La constitution de l’Office Professionnel de Qualification des Urbanistes, (en gestation depuis les années 70 et enfin crée au cours des années 90), a permis de promouvoir la profession de façon positive, tout en lui conservant ses qualités originelles.

Pourtant, force est de constater que le métier reste largement peu reconnu par le grand public et, plus regrettable, par le service public de l'emploi (ANPE en tête!). L'État a certes créé un "Grand Prix de l'urbanisme", mais cette récompense (décernée chaque année) fait la part belle aux "architectes-urbanistes" ou "urban designers", comme disent les anglo-saxons. Les "urban planners" sont de fait peu mis sur le devant de la scène. Autrement dit, les paillètes et la "starisation" de quelques grands noms occultent les vrais enjeux socio-corporatifs. Certains grands corps (omnipotents au sein du grand ministère du développement durable en charge de l'urbanisme) n'y sont pas étrangers. Si presque tout le monde s'accorde donc à dire que les urbanistes constituent bien une communauté professionnelle (qui reste à rassembler!), les accords de branche professionnelle et les conventions collectives restent cependant introuvables. Sur le marché de l'emploi, il en résulte des disparités criantes en terme de rémunération entre urbanistes de même niveau de formation.

C'est tout l'enjeu de la première enquête nationale sur l'insertion professionnelle des jeunes urbanistes conduite par la
Société Française des Urbanistes. Ces "états généraux" ont pour objectif d'établir une veille stratégique sur les débouchés professionnels et sur la dynamique de l'emploi dans le champ de l'urbanisme, de l'aménagement et du développement territorial ; de mettre en évidence l'évolution du métier et des compétences ; et de promouvoir la qualification OPQU à destination des jeunes urbanistes. Au delà de ces questions de préoccupation, faut-il instituer des conventions collectives ou des accords de branche professionnelle pour les urbanistes français? Il est urgent d'ouvrir ce débat.


A lire : "Le métier d'urbaniste. Domaines d'activités, fonctions et compétences", paru dans Le Moniteur, 29 décembre 2006

lundi 14 juillet 2008

Vivre sans l'État aménageur


Le grand "big-bang" de l'État territorial annoncé par le Gouvernement suscite de vives inquiétudes dans le monde des collectivités territoriales et des élus locaux, dont certains ont défilé ce 14 juillet pour le maintien des casernes... Le débat a été posé par le Président de la République en ces termes : la Défense nationale doit-elle remplir des missions d'aménagement du territoire? Dans certaines agglomérations, les emprises de l'armée sont considérables, tant sur le plan spatial que sur le plan socioéconomique : la reconversion des friches militaires est à ce titre une problématique majeure de développement territorial et d'urbanisme. Quand l’État déménage : comment faire face aux recompositions des services publics ? Très exposés à ces mutations, les bassins de vie ruraux comme ceux des petites villes ou villes moyennes s’inquiètent et font aujourd’hui leurs comptes. Les élus de l'intercommunalité, fédérés au sein de l'Assemblée des Communautés de France (AdCF), s'interrogent ainsi : "Le levier de l’économie « résidentielle », dont de nombreux territoires se sont saisis pour pallier l’érosion de leur tissu productif, résistera-t-il au ressac de la présence publique?" Si l'on a bien lu le "best-seller" de Laurent Davezies, La République et ses territoires, alors retournons la question dans l'autre sens : les territoires doivent-ils compter exclusivement sur la présence de l'État pour assurer leur développement? Est-ce là leur seule stratégie de développement local?
Au delà de ces considérations, il convient de reposer le problème en des termes plus politiques, celui des relations institutionnelles entre l'État et les collectivités territoriales, un problème qui se pose avec une acuité toute particulière dans notre France jacobine. C'est précisément ce qu'exprime cet éditorial de Marc Censi, président de l'AdCF, paru dans le mensuel Intercommunalités (N°124, juin 2008) :





lundi 30 juin 2008

De la nécessité de développer les transports collectifs

Quand l'État annonce un plan de relance du quartier d'affaires de La Défense, qui se traduira par la construction de 100 000 m² de logements neufs, une densification du parc immobilier de bureaux (+450 000 m²) et par l'arrivée d'ici 2015 de 40 000 emplois supplémentaires, on est en droit d'espérer un renforcement de la desserte en transports collectifs de ce grand pôle stratégique de la métropole parisienne.

Si un tel plan de relance ne s'accompagnait pas d'un renforcement de l'accessibilité du site alors il est fort probable que la capacité des réseaux de transports collectifs existants explose.


Un exemple de ce phénomène en Chine :





Ayant eu l'occasion de m'entretenir avec des urbanistes travaillant au sein de l'Etablissement Public d'Aménagement de la Défense (EPAD), agence assurant la maîtrise d'ouvrage de la planification urbaine sur le périmètre OIN (Opération d'Intérêt National) du quartier, je sais que des infrastructures lourdes sont bien programmées : prolongation du RER E (Eole) afin de doubler le RER A (saturé), étude du raccordement de La Défense à la future liaison vers l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle. Reste à trouver les financements pour de tels projets...

A l'heure où les marges de manœuvre financières s'amenuisent pour les collectivités publiques, il est urgent de réfléchir à de nouveaux modes de financements tels que ceux de la fiscalité de l'urbanisme. La taxation de la valorisation des terrains découlant des projets d’infrastructures nouvelles ainsi que la taxation de l'immobilier de bureaux sont des pistes à privilégier, à l'instar de ce qu'il est possible d'observer Outre-Manche ou au Japon. Car si la ville est un objet qui créé de la valeur alors pourquoi ne pas investir dans la ville?

samedi 28 juin 2008

Coup de coeur pour "Valse avec Bachir"


















Intelligent, stylé, sensible, original : une œuvre forte

Sélectionné au Festival de Cannes (et étrangement oublié par le palmarès), le film d'animation d'Ari Folman, "Valse avec Bachir", évoque les massacres de Sabra et Chatila perpétrés en septembre 1982 à Beyrouth-Ouest.

Voir les critiques de la presse (unanime)

dimanche 22 juin 2008

Nous sommes des métropolitains

Comme annoncé il y a quelques semaines, l’association Urba+ - réseau de l’Institut d’Urbanisme de Paris - a organisé jeudi 12 juin un débat sur le thème "Le Grand Paris des urbanistes". Cette manifestation, qui associait experts, élus franciliens, et acteurs socioéconomiques de la métropole, a réuni, au sein du grand amphithéâtre du Cnam, 250 participants.

Pierre Mansat, adjoint au Maire de Paris en charge du projet Paris Métropole, le Sénateur de Seine-Saint-Denis Philippe Dallier, et Mireille Ferri, Vice-présidente de la Région Île-de-France chargée de l'aménagement du territoire, figuraient parmi les décideurs de la table ronde. Cette rencontre a notamment réussi à mettre en exergue la valeur ajoutée que pouvait apporter la communauté professionnelle des urbanistes à cette question capitale. Bien entendu, le débat n'est pas clos. Dans l'attente des événements futurs (assises de la métropole du 25 juin, CIACT, etc.), les enseignements de cette rencontre sont disponibles sur le blog http://planningforparis.blogspot.com/

Accéder au blog "Le Grand Paris des Urbanistes"