samedi 3 mai 2008

La métropole parisienne réfléchit à son avenir

Conférence métropolitaine, Grand Paris, Paris Métropole, Développement de la Région Capitale : le débat sur l'avenir de la métropole parisienne agite la classe politique depuis maintenant un an. Dans ce débat, beaucoup d'élus (et de rapports), le MEDEF, la RATP (Métrophérique oblige), mais peu d'urbanistes sur les grandes ondes... la profession s'exprimant davantage dans des revues spécialisées que dans la presse quotidienne nationale. L'association Urba+ - le réseau de l'Institut d'Urbanisme de Paris - dont je suis Vice-président apportera sa contribution dans les prochaines semaines à ce débat passionnant et capital.

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vendredi 2 mai 2008

Victoires et déboires



















A retenir dans l’actualité tauromachique: deux nouveaux développements marquants pour l’afiçión française et un non-événement: les deux événements importants sont ceux de la nouvelle victoire judiciaire des aficionados de Rieumes face aux anti-taurins quant à la reconnaissance de la tradition taurine en région toulousaine et de la création de l’Observatoire des Cultures taurines. Le non-événement ? L’annonce (prévisible) de l’abandon de la Feria et des corridas par la nouvelle municipalité élue de Fenouillet, commune de l’agglomération toulousaine et arène de troisième catégorie…

L’actualité vient ainsi appuyer les analyses que j’avais menées dans le cadre de mon mémoire de fin d’études à Sciences Po Toulouse, recherche qui a donné lieu à un article dans la revue Sud-Ouest Européen (voir le résumé).

« Les associations anti-corridas sont en train d’être instrumentalisées par l’opposition municipale », me déclarait en entretien la directrice de cabinet du maire de Fenouillet, Gilles Broquère, en mars 2004. Depuis, les Ferias de Fenouillet et de Rieumes se sont poursuivies avec des hauts et des bas… Et récemment, donc, la Cour d'appel de Toulouse a jugé le 7 avril 2008 (une nouvelle fois) qu'une tradition ininterrompue de courses de taureaux peut être invoquée à Toulouse ainsi que dans sa région, à laquelle appartient la Commune de Rieumes. Il s'agit donc là, d'une grande victoire pour l'afiçión et pour le Club Taurin de Rieumes, en particulier, dont le Président, Yves Samyn, me confiait (toujours au printemps 2004, durant mon enquête) :

« En Haute-Garonne, les gens sont branchés cheval, et comme le public qui va voir les novilladas n’est pas du tout le même que celui qui assiste à la corrida de rejon, puisque ces derniers vont surtout voir le cheval, cela apporte quelque chose de supplémentaire (…) Entre Béziers, Arles, Dax et Toulouse, il y a attirance pour les cartels. On retrouve la tradition, la grosse machine de Toulouse. Les déçus de Fenouillet trouvent autre chose à Rieumes, la tauromachie humaine. A Toulouse on va voir des cartels, à Rieumes on vote ! On a une majorité de locaux aux novilladas. L’esprit de la novillada, c’est celui d’une équipe de cadets ou de juniors (…) Il s’agit de développer la culture taurine. Notre réussite passera par l’humain, et par l’éducation des gosses. Il faut créer la curiosité de l’art, du défi, de l’animal chez l’enfant (…) Chez nous à Rieumes, c’est le local, la placita, c’est notre creuset, on est dans un rayon de 50 km, pas plus… Toulouse et sa banlieue, Luchon, Saint Gaudens, Auch, il faut rester proche des toulousains, et il faut qu’ils restent à côté de chez nous… »


La réalité taurine de la proche région toulousaine ne peut guère s'affranchir des dynamiques de projets taurins conduits par les acteurs du mundillo et des élus à l'échelle locale, mais surtout de la reconnaissance juridique du périmètre légal de la corrida espagnole, et ce faisant, de la permanence d'une afición régionale. Ce travail de recherche universitaire avais ainsi mis en évidence l’évolution extensive et spatialisée de la notion juridique de tradition taurine, celle-ci marquant une territorialisation du droit. Depuis une trentaine d’années, le juge se fait en effet l’interprète de la pertinence des territoires de tradition taurine.

Au delà de la jurisprudence tauromachique, l'expérience rieumoise montre que les territorialités taurines sont des processus fragiles car toujours en mouvement. La véritable problématique pour ces acteurs, qui se revendiquent comme « non professionnels», est donc de concevoir une nouvelle forme de territorialité au sein de la géographie taurine. Cette territorialité est avant tout liée à la capacité des aficionados adeptes de la novillada à pouvoir se déplacer. Qu’est-ce que leur territoire ? Pour les plus nomades, il s’agit d’un territoire construit par le mouvement, d’un territoire adapté à la saison taurine, à la temporada, « un territoire de la liturgie taurine »

Concernant l’Observatoire des Cultures taurines, on ne peut que saluer l’initiative d’André Viard d’avoir présidé à sa création. J'attends avec impatience les travaux de celui-ci dans la mesure où le groupe d’études parlementaires sur la tauromachie à l’Assemblée Nationale créé en 2003 est resté stérile en prospections comme en propositions. Je ne doute pas que cette initiative salutaire se traduira par un important travail de pédagogie, d’information et de sensibilisation auprès des pouvoirs publics. Alors reviendra le temps d’un lobbying constructif en direction de la représentation nationale et du Parlement européen, avec comme objectif l’inscription des cultures taurines et des tauromachies européennes au patrimoine mondial de l’humanité.


Voir en ligne :

L'arrêt de la Cour d'appel de Toulouse du 7 avril 2008

Naissance de l'Observatoire National des Cultures Taurines


Revue Sud-Ouest Européen, publication des Presses Universitaires du Mirail

Un chronique de jurisprudence tauromachique signée Jean-Michel Lattes

Le peuple taurin se soulève

dimanche 20 avril 2008

Vive Raguse !


J'ai découvert la ville sublime de Dubrovnik il y a quelques jours. La réputation de la perle de l’Adriatique n’est pas usurpée comme en témoigne la splendeur de l’ancienne Raguse et de son littoral. Le voyageur qui ancre à Dubrovnik est frappé par la sérénité de ses habitants, la douceur de son climat, et, malgré les outrages du temps et de l’histoire, par la richesse de son patrimoine. Les ragusains cultivent un art de vivre méditerranéen dont ils peuvent être fiers : tout est séduction et raffinement. Le port, les remparts, les orangers, les citronniers, les pins, les cyprès, les monastères, la lumière, la cuisine dalmate… Dubrovnik réunit toutes les conditions de l’accueillance.

lundi 7 avril 2008

Villes privées : la réalité dépasserait-elle déjà la fiction ?



Sans doute, si l'on en croit le réalisateur mexicain Rodrigo Pla (voir l’interview qu’il a donnée dans Le Monde du 25 mars 2008, « Cette fiction repose sur une réalité encore plus violente »). Son film, La Zona, propriété privée, est un saisissant polar politique qui a été salué à l’unanimité par la critique (et par une moisson de récompenses : Lion du futur à Venise, Prix de la critique internationale à Toronto). Zone résidentielle de standing, coupée du reste du monde par un mur de béton et protégée par un service de sécurité privé, la zona est une gated community comme il en existe des milliers en Amérique (du Nord ou du Sud). Derrière ce phénomène, s’entrechoquent de nombreuses problématiques* : l’entre-soi, le sentiment d’insécurité, le repli communautaire et identitaire, le ghetto des nantis… Cette enclave sert de cadre au film de Rodrigo Pla, qui prend soin de filmer les frontières et les contrastes socio-spatiaux avec l’extérieur. Le synopsis est simple : trois adolescents des quartiers pauvres pénètrent dans l'enceinte de La Zona, s'introduisent dans l'une des maisons, mais le cambriolage tourne mal. Plutôt que de prévenir les autorités, les résidents décident de se faire justice eux-mêmes. De la violence symbolique à la violence physique, il n’y a qu’un pas et la ligne jaune va être franchie par la communauté de la zona : mensonges, délation, harcèlement moral, abus de pouvoir, corruption, chasse à l’homme et assassinat collectif. L’enchainement de ces événements tragiques est inéluctable, le spectateur se sentant impuissant face à la montée irrésistible de l’horreur fasciste. Si le réalisateur se garde bien – et c’est heureux – de toute simplification manichéenne, il explique aussi que la fiction de La Zona repose sur une réalité encore plus violente que celle qu'il a mise en scène : « J'ai beaucoup d'amis qui ont été kidnappés (le temps d'extorquer une rançon). Ce sont des gens de la classe moyenne, les riches sont à l'abri, ils se déplacent en voiture avec des gardes du corps. Tout cela tient à l'absence de l'Etat et à ses conséquences : la corruption, l'impunité, la violence. » Quant à la bi-nationalité de la production (mexicano-espagnole) qui explique la présence de trois comédiens espagnols, Rodrigo Pla remarque à cet égard : « c'est aussi une réalité : au Mexique, les étrangers s'installent souvent dans des "zonas". En plus - c'est tellement horrible que j'ose à peine le dire -, dans certains secteurs de la société mexicaine, on préfère se marier avec des Européens "pour préserver la race" ». Il faudrait relire Gaston Bachelard : "l’habiter", n'est-il pas "le propre de l’homme?"…

Voir le dossier consacré au Film sur le site d’Allociné

dimanche 6 avril 2008

La tauromachie crée des valeurs universelles et du lien social














Le toro bravo est le seul animal au monde qui est élevé en liberté et qui meurt en combattant. Je devais avoir tout juste 7 ans lorsque j'ai assisté à ma première corrida. Je suis donc rentré en aficion il y a 20 ans! Natif de Nîmes (à 100 mètres de l'amphithéâtre romain), la tauromachie et les cultures taurines font partie de mon éducation, qu'il s'agisse de la corrida espagnole ou de la course camarguaise, pratiquée sur le territoire de la Bouvine. Assister à une corrida n'a jamais altéré l'épanouissement personnel des jeunes, comme certains détracteurs voudraient le faire croire. Au contraire, la tauromachie est une école de la vie, une liturgie authentique qui élève notre sensibilité et qui nous inculque des valeurs fondamentales : engagement, persévérance, solidarité, partage, courage, respect et humilité. C'est aussi un art majeur : "elle donne forme à une matière brute, la charge du taureau", pour reprendre l'expression du philosophe Francis Wolff. C'est enfin une composante de la civilisation méditerranéenne, identité à laquelle je suis profondément attaché.

Reste à défendre l'intégrité du toro bravo et l'éthique du combat, car, à vaincre sans respect, on triomphe sans gloire.


A ceux qui veulent découvrir la signification de la tauromachie, je ne peux que conseiller la lecture de Philosophie de la corrida, par Francis Wolff (Fayard, 2007)

Gouverner la ville mobile


Au début de l’année est paru un petit bouquin à lire d’urgence : "Gouverner la ville mobile", signé Philippe Estèbe aux Editions PUF. Cette publication est la synthèse d’un rapport de recherche remis en octobre 2005 au Ministère de l’urbanisme/PUCA avant qu’il ne se fonde dans le grand MEEDDAT (déjà ex-MEDAD). Ce rapport s’intitulait "La carte politique, instrument de la solidarité urbaine ? L’intercommunalité à l’épreuve de la polarisation sociale de l’urbain." Philippe Estèbe (Acadie) l’avait rédigé avec Magali Talandier, maître de conférences à l’Institut d’Urbanisme de Paris et chercheuse à L’oeil, la cellule de recherche animée par Laurent Davezies.


Dans la lignée de l’article qu’il avait publié en avril 2004 dans la revue Esprit sur le gouvernement des périphéries urbaines, Philippe Estèbe revisite le décalage entre les territoires fonctionnels et les territoires institutionnels à travers le prisme du déploiement de l’intercommunalité. Les faits sont connus : il existe une pluralité de communautés d’agglomération au sein de nos aires urbaines, un zonage statistique de référence qui obsède le bureau de la législation de la Direction de l’urbanisme, de l’habitat et de la construction (DGUHC), administration d’Etat plaidant pour une planification territoriale à large échelle. Ceux-là sont en effet tenants d’un régime urbain qualifié par Philippe Estèbe de "Gargantua", c’est-à-dire d’une intercommunalité urbaine optimale car dévorant sa périphérie et unifiant l’ensemble de nos bassins de vie. Ce premier régime permet ainsi de garantir la solidarité urbaine sur le territoire par le biais de la mutualisation de la fiscalité et des services urbains. Mais la réalité est tout autre, car si depuis les villes centre, les communautés ont bien réussi à "faire société", les périphéries urbaines sont en revanche regroupées de manière autonome dans des communautés de ressemblance, parfois égoïstes ou défensives. En d’autres termes : depuis les villes-centre (nos 100 préfectures), l’intercommunalité est "hétérogame" et répond bien aux canons des lois Chevènement et SRU (nombre de logements sociaux en nombre suffisant) en agrégeant des populations et des activités diverses sur des périmètres de solidarité, ce qui n’est pas le cas dans les communautés d’agglomération ou de communes périphériques, dites "homogames". Cela s’explique tout simplement par les dynamiques de spécialisation fonctionnelle des territoires (habitat, activité). Ces communautés résidentielles ne seraient ainsi que l’expression politique d’une aspiration au périurbain. Il s’agit de la "France des pavillons", ces "nouvelles classes moyennes" (les "pavillonnaires" étudiés par Marie-Christine Jaillet) qui sont partis des quartiers d’habitat social et qui ont fui la "mixité sociale" et l’insécurité. Cet entre-soi est qualifié par l’auteur "d’effet de Club". La mobilité des périurbains leur permet de profiter des services de l’intercommunalité centrale, sans en supporter les charges ou les inconvénients associés (densité, logement social). Le chercheur établit ainsi le lien entre le "panier de services" offert par une communauté et le régime matrimonial de l’intercommunalité urbaine (comment les communes se marient). Les clubs auraient donc fait sécession... un résultat qui va manifestement à l’encontre des objectifs du "contrat social républicain" cher à Jean-Pierre Chevènement, père de la loi du 12 juillet 1999.

Cette vision, quoique schématique, est très bien étayée par les analyses statistiques relatives à la sociologie du déploiement communautaire. Sans tomber dans un manichéisme qui incriminerait les résidents des clubs, Philippe Estèbe propose une grille de lecture stimulante pour les urbanistes de l’action publique que nous sommes. Une contribution à remettre en perspective avec les deux derniers colloques d’Urba+ sur les "denses cités" et sur "l’urbanisme à l’heure intercommunale".