dimanche 16 mai 2010

Le projet du grand Paris peut il ignorer la question sociale ? Tribune de Daniel Béhar dans la revue Esprit

Pour Daniel Béhar, urbaniste consultant (ACADIE), professeur associé à l’Institut d’Urbanisme de Paris, la "question sociale métropolitaine", telle que posée par les enjeux urbains du Grand Paris, "exige de revisiter le mode de traitement urbain consacré. Il n’est plus possible de s’en tenir à l’héritage conceptuel de Banlieues 89, c’est-à-dire l’alliance d’une rhétorique de l’égalité urbaine, du transfert du monumental et des attributs de l’urbanité du centre vers la banlieue et d’interventions techniques concentrées sur le désenclavement physique des quartiers déshérités."

Dans une tribune publiée dans la revue Esprit, Daniel Béhar explique pourquoi la puissance publique (Etat et collectivités locales) "ne plus raisonner en termes d’égalité statique entre les territoires, mais davantage à penser la question des conditions d’accès pour tous aux fonctions métropolitaines. En effet, le processus de métropolisation est marqué par une déconnexion croissante entre la « métropole mondialisée » et la métropole du quotidien. Le Grand Paris est moins structuré par une dualité centre/périphérie que par la superposition de l’archipel des excellences métropolitaines et de l’ordinaire du tissu urbain. Autrement dit, il s’agit moins aujourd’hui de rééquilibrer – sur un plan horizontal – un centre et une périphérie, que de connecter – sur un plan vertical – le global et le local. Cela ne passe pas seulement par l’organisation des infrastructures de déplacement, mais plus globalement par une conception nouvelle du fonctionnement urbain."

Associé à l’équipe de l’architecte-urbaniste Christian de Portzamparc dans le cadre de la consultation internationale du Grand Paris, Daniel Béhar n’hésite pas à s’écarter des discours dominants : pour le chercheur, "il y a lieu de réfléchir à ce que pourrait être un modèle de métropole attractive pour les couches populaires qui aujourd’hui, quand elles le peuvent, la fuient." Et d’interroger : "L’injonction au développement durable doit-elle se traduire impérativement par un modèle unique, celui de la ville dense et compacte ? Ce modèle est-il en mesure de répondre à toutes les attentes sociales ?"

> Retrouver l’intégralité de la tribune, mise en ligne au format PDF sur le blog de Pierre Mansat, Paris métropole fédérée.


samedi 15 mai 2010

Les territoires dans la crise : un bilan provisoire

« L’Observatoire des impacts territoriaux de la crise » mis en place début 2009 par l’AdCF et l’Institut pour la recherche de la Caisse des Dépôts et Consignations a livré en mars dernier ses premières conclusions. Confiée à l’économiste Laurent Davezies, chercheur et expert indépendant (L’Oeil), l’étude des impacts de la crise économique de 2008-2009 sur les zones d’emplois françaises permet déjà de dégager quelques grands enseignements, à partir de données statistiques des trois derniers semestres de 2008-2009 (UNEDIC, DARES, INSEE, Banque de France).

Contrairement à ce qu’il s’était produit au cours de la crise immobilière de 1991-1993 et de la récession de 1993-1994, les principales aires métropolitaines françaises et la région Île-de-France semblent avoir bien tenu le choc pour l’instant. « Les territoires productifs les plus modernes, dotés des activités à haute valeur ajoutée, s’en sont généralement mieux sortis que les autres. L’Ile-de-France, qui jusqu’alors amplifiait les retournements conjoncturels, semble désormais mieux les amortir », note Laurent Davezies.

A contrario, les territoires « manufacturiers » des régions industrielles, situés pour l’essentiel dans la partie Nord du pays, souvent éloignés des grandes agglomérations, ont subi de plein fouet l’impact des fermetures d’établissements et des contractions d’effectifs (notamment avec les ajustements opérés sur les postes intérimaires). En territorialisant les données de la DARES et de Pôle Emploi, le rapport provisoire montre que ces bassins d’emploi très spécialisés enregistrent en moyenne une variation de +43% de leur taux de chômage. Très marqués par les sinistres économiques et les destructions d’emploi, ces bassins d’activités traditionnelles disposent en outre d’amortisseurs plus faibles (consommation touristique, base publique, économie résidentielle…) que d’autres zones d’emploi. Ils risquent en outre de subir une « double peine » avec les conséquences financières qu’aura le remplacement de la taxe professionnelle dans les budgets des collectivités de ces bassins. L'excellent média Localtis a d'ailleurs choisi "d'angler" son article sur cet aspect du rapport.

Moins exposés, excepté sur le plan du tourisme international, les territoires résidentiels traversent sans trop de difficultés apparentes cette crise. « Les chocs sur le tourisme, l’immobilier, la construction (…), les ont certes affectés, mais n’ont pas empêché qu’une grande partie du Sud et de l’Ouest du pays, spécialisés dans la réponse à le demande des ménages, n’a finalement que peu souffert de ces deux années de crise « exceptionnelle ».

Prudent dans ses conclusions, encore provisoires, Laurent Davezies devrait restituer une version plus aboutie du rapport, étayée avec les chiffres de l’ensemble de l’année 2009 sur l’emploi (dès que ceux-ci seront disponibles). Pour autant, ces premiers résultats confirment la robustesse de la grille de lecture présentée par l’expert en 2003 à la Caisse des Dépôts et à la DATAR sur les différents moteurs du développement territorial de nos zones d’emploi : productif, public, résidentiel, et social.

A l'inverse, la presse nationale s'est "emparé" fin mars sans précautions de ces résultats pour les rapprocher de ceux des élections régionales... A voir un article de La Tribune, où Laurent Davezies est interviewé.

samedi 8 mai 2010

Urbanisme? Le mauvais procès dont on se relève à peine...

Dans "C'est arrivé près de chez vous", film au vitriol (devenu culte), Benoit Poelvoorde s'en prend ouvertement à la conception urbaine des grands ensembles. Dans cet extrait (un morceau de bravoure), un "lapsus" est lâché : "les urbanistes conçoivent..." Ou comment porter le chapeau pour de sinistres réalisations. Il ne sait visiblement pas que ces logements sont inspirés par Le Corbusier, architecte... On peut mesurer à quel point notre profession a été plombée pendant des années par la charte fonctionnaliste, idéologie appliquée à la lettre dans les années 50-60 par la technostructure d'Etat, celle des ingénieurs. On pourra également relever la très mauvaise perception de la densité, alors que ces quartiers sont bien moins denses que nos coeurs de villes (on réclame ici un "habitat de plain-pied").

Aujourd'hui le concept de densité "renaît de ses cendres dans toute sa splendeur, après des années d’ostracisme honteux", pour reprendre les mots de l'urbaniste Marc Wiel, à qui le réseau de l'Institut d'Urbanisme de Paris avait demandé en 2006 de "plancher" sur le sujet : "Rappelons nous les mouvements associatifs qui prirent corps dans les grands ensembles de la région parisienne puis de province dans les années 60 et surtout 70. Neuschwander prit la tête des associations en rébellion à Sarcelles (...) Le mot densité était honni, il résumait tout ce que les journalistes en quête de copie et les occupants qui se feraient ultérieurement construire un pavillon, reprochaient aux grands ensembles. Ces mouvements furent parfaitement capitalisés par le parti socialiste renaissant". La vague rose des élections municipales de 1977 coïncidait avec une utopie nouvelle, "celle d’un syndicalisme du cadre de vie, qui pour changer la vie devait changer la ville, et dont Hubert Dubedout (premier homme politique à initier ce qui devint la politique de la ville) fut le personnage le plus en vue".

A l'époque, la Société Française des Urbanistes (SFU) "ramait à contre courant" en organisant son congrès sur les vertus de la ville dense. 10 ans avant, au lendemain de 1968, elle avait appelé à un urbanisme plus participatif et décentralisé.

Dans son livre (magistral), "Pour planifier les villes autrement", Marc Wiel explique comment par la suite (durant toute la décennie 1980-90) la profession urbaniste a été largement discréditée (à tort), et comment l'émiettement de la planification locale, dans des sphères techniques municipalisées, sectorisées, autonomes et segmentées, n'a permis de bien positionner l'urbaniste au sein des collectivités locales. Il fallait faire de la "politique de la ville", du "développement local", puis du "marketing territorial"... La communauté professionnelle s'est donc fragmentée (et nous en payons aujourd'hui les conséquences). Avec le développement autoroutier, la vitesse effrénée des déplacements automobiles mais aussi nos taxes d'urbanisme qui pénalisent toujours la ville compacte, la France se dé-densifia, s'étala... Les périphéries urbaines de notre pays se couvraient alors de vastes zones d'activités commerciales et économiques (et de nappes de parking...), de banlieues pavillonnaires (un petit peu plus loin). Les urbanistes se concentraient alors sur la "vraie ville", la ville dense, nos centres-anciens patrimonialisés, "celle qui faisait l'objet de toute leur attention". Il fallu attendre la loi SRU en 2000 pour qu'une planification urbaine soit relancée, celle dont les élus locaux sont enfin responsables. La question est maintenant de savoir si ces élus s'entourent d'urbanistes...


Métropoles et pouvoir d’agglomération : nouvelle ambition ou rendez-vous manqué ?

"Il y a quelques mois, un certain consensus semblait se dessiner pour assurer un renforcement du pouvoir d’agglomération et doter les principales métropoles françaises d’un statut novateur.Plusieurs rapports (Institut de la décentralisation, rapport Perben, Commission des lois de l’Assemblée nationale Warsmann-Urvoas…) s’inscrivaient déjà dans ce sens avant que le comité de réforme des collectivités locales n’en fasse l’une de ses propositions phares. Un an plus tard, à l’issue de son examen par le Sénat, le projet de loi de réforme des collectivités tend clairement à s’éloigner de ces attentes. Le nouveau statut reste in fine très proche de celui de la loi du 31 décembre 1966 relatif à la création des premières communautés urbaines. Les “pôles métropolitains” n’apportent guère d’innovations institutionnelles par rapport à ce que des syndicats mixtes permettaient déjà.Faut-il redonner du souffle à la réforme ? Des évolutions du texte sont-elles encore possibles ? Sont-elles souhaitables ? Quelles propositions concrètes formuler à la veille de l’examen du texte par l’Assemblée nationale ? "


Instituée en mai 2000 par l’AdCF, au lendemain de la naissance des premières communautés d’agglomération
issues de la loi “Chevènement”, la journée des présidents d’agglomération constitue un rendez-vous privilégié entre
les grands décideurs urbains et les pouvoirs publics nationaux. L’an passé, la 6e édition accueillie par Gérard Larcher,
président du Sénat, avait été l’occasion de débattre avec Édouard Balladur, président du comité de réforme des
collectivités locales, de l’avenir des métropoles et agglomérations françaises et des innovations attendues par les élus.
En 2010, cette journée interviendra à l’Assemblée nationale, à la veille de l’examen par les députés du projet de loi
de réforme des collectivités et en pleine discussion du Grenelle 2,dont les dispositions seront également décisives sur
les conditions d’exercice des compétences des agglomérations (transports, logement, urbanisme, plans climat, déchets…).
Les représentants des agglomérations françaises auront l’occasion de se prononcer sur les évolutions des
textes, la réduction des ambitions assignées au nouveau statut de métropole après l’examen du Sénat et la disparation
de certaines orientations attendues du Grenelle de l’environnement.La journée permettra également de formuler des
propositions en vue du chantier de clarification des compétences annoncé pour l’été et du second acte de la réforme
fiscale (“clauses de revoyure” prévues en juin 2010).

Daniel Delaveau,
Président de l’AdCF, président de Rennes Métropole

samedi 10 avril 2010

Grenelle 2 : un statu quo sur l’exercice de la compétence urbanisme?






Dans le cadre de l’examen des dispositions relatives à l’urbanisme du projet de loi Grenelle 2, la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire de l’Assemblée nationale a examiné, mercredi 7 avril, parmi les très nombreux amendements déposés un amendement proposé par Michel Piron, rapporteur de ce volet du projet de loi, visant à faire de l’intercommunalité l’autorité compétente pour la réalisation des plans locaux d’urbanisme (PLU). Recueillant sept voix favorables contre sept voix défavorables, l’amendement n’a donc pu être adopté par la commission avant l’examen du projet de loi en séance publique début mai.

jeudi 8 avril 2010

"Incongruité française"

Dans sa lettre d'information, le CNJU livre sa réaction sur une tribune que l'association Urbanistes des territoires (UT) a fait paraître le 5 avril 2010 dans La Gazette des communes sur l'affaire du concours d'ingénieur territorial dont l'option urbanisme a été fermée aux candidats-diplômés issus de l'université.

Morceaux choisis :

"Sur le fond, cette tribune dénonce l'éviction des urbanistes diplômés de l’université à l’option urbanisme du concours d'ingénieur territorial mais ne fait aucunement mention aux soutiens politiques massifs enregistrés par le CNJU depuis plusieurs mois : 60 parlementaires et plus de 200 élus locaux, dont les présidents des principales associations d’élus locaux (AMF, AdCF, AMGVF, ACUF). Au lieu de faire état de ces soutiens politiques de premier plan, l’association UT convoque des références historiques (Cerdà, Sitte, Poëte, Geddes) pour attester de la prétendue scientificité de l’urbanisme (...) En effet, ce ne sont pas ces illustres références qui vont permettre la réécriture des décrets de 2002 et de 2007 et restauration de l’accès des universitaires à la mention urbanisme du concours mais bien les élus qui nous soutiennent."

"(...)

De fait,

tout en mentionnant « l’incongruité typiquement française » de ne pas offrir la possibilité

aux jeunes urbanistes sortant de l’université de pouvoir se présenter au concours

d’ingénieur territorial, les auteurs adoptent un positionnement ambigu à l’égard des

formations supérieures en urbanisme : ils laissent à penser que c’est au CNFPT de

superviser une refonte techniciste des diplômes pour que les jeunes urbanistes puissent

enfin rentrer dans les cases administratives.

Le CNJU rappelle qu'une technicisation des formations à l’urbanisme nierait la réalité de

pratiques professionnelles : ce n’est pas à l’urbaniste de calculer le dimensionnement des

voiries urbaines, les structures de chaussées ou le nombre de fourreaux dans les

tranchées communes. Ce travail est celui d’un ingénieur en génie civil et les urbanistes ne

le revendiquent pas. Logiquement, les diplômés de l’université aspirant à un exercice

professionnel d’urbaniste au sein des collectivités ne prétendent pas candidater à l’option

« infrastructures et réseaux » du concours. A contrario, l'attribution d'un "domaine

réservé", l'option urbanisme du concours, au seuls ingénieurs, architectes et géomètres

experts constitue une usurpation professionnelle, et s'apparente, pour le dire autrement, à

une véritable « cannibalisation » du métier d'urbaniste".

> En savoir plus, en lisant la réaction complète du CNJU ainsi que la tribune d'UT

mardi 6 avril 2010

Les nouveaux territoires de l'Etat

Dans sa livraison du mois de janvier 2010, le mensuel Intercommunalités propose un décryptage des évolutions récentes de l’Etat et de ses modes d’intervention dans les territoires (cf. le papier principal de Nicolas Portier). Adaptation à la décentralisation ou re-centralisation ? Partenaire ou contrôleur ? Désengagement ou retour en force? L’action de l’Etat s’opère aujourd’hui de très nombreuses manières que ce dossier s’efforce d’inventorier en donnant la parole à des observateurs attentifs de la décentralisation (Jean-Pierre Balligand, co-président de la décentralisation et les chercheurs Patrick Le Gales et Renaud Epstein).

Ce numéro contient également une présentation de la récente réforme fiscale et une synthèse des Assises des territoires ruraux.


> Télécharger le numéro : http://www.adcf.asso.fr/files/MAG-INTERCO/interco-141-total-08.pdf